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Juillet 2015 : BILLET D'HUMEUR N°9

L’avenir n’est pas le futur


Jean Pierre Boutinet - 15 juillet 2015 - Je vous le donne en mille ! Mille mots pour le dire...


Il nous arrive d’utiliser de façon indifférente les termes d’avenir et de futur pour disserter sur ce que demain sera. Certes la conjoncture nous amène bien souvent à un usage parcimonieux de ces termes, parce que nous préférons nous replier frileusement ou par réflexe sur le moment présent de l’immédiateté ou parce que nous nous réfugions dans le passé de nos souvenirs. De ce point de vue les actuelles plaintes postmodernes sur nos existences de vulnérabilité tranchent singulièrement avec nos professions de foi modernes en un avenir enchanteur, produit de la croyance en un progrès inéluctable. La vulnérabilité est bien là aujourd’hui au travail, en inactivité, en famille, dans nos ressources disponibles de plus en plus limitées, dans notre façon d’assurer notre sécurité…Le progrès d’hier visait un avenir prometteur grâce à la formation mise à notre disposition, grâce aussi à un niveau de vie sans cesse amélioré, grâce encore aux avancées technologiques nous offrant un confort dans nos existences et une meilleure maîtrise de la nature environnante… Mais 2015 n’est plus 1965 ! Nous sommes désormais devenus frileux à invoquer l’avenir, nous repliant de préférence sur les aléas du moment présent.

Et si sans provocation vis-à-vis de l’actuelle conjoncture mais pour l’alléger de ses scories dépressives, nous reparlions de l’avenir pour le conjurer et tenter de sortir de nos vicissitudes, au lieu d’agiter continuellement le présent de nos préoccupations ? Toutefois, le problème que nous pose l’avenir est que bien souvent nous le confondons trop facilement avec son alter ego le futur, ce qui n’est pas fait pour atténuer notre sentiment de vulnérabilité !

Alors que la langue anglaise n’a à sa disposition qu’un seul terme, future, pour désigner indifféremment avenir et futur, le français dispose de deux termes mais ceci malgré tout n’empêche pas la confusion entre avenir et futur ; celle-ci est d’autant plus facile à faire qu’en l’état actuel de notre langue le substantif avenir ne dispose pas de qualificatif correspondant, alors que le futur peut s’entendre indifféremment comme substantif ou comme qualificatif. D’où le recours fréquent au futur pour parler d’avenir. Ainsi nous évoquons les générations futures dans un sens ambigu, tantôt pour désigner les générations qui vont venir après nous avec toutes les chances qui s’offrent à elles d’aménager un monde qui puisse convenir à leurs aspirations, tantôt pour décrire des générations destinées inéluctablement à nous succéder en héritant des défis que nous-mêmes, n’avons pas su relever. Ainsi nous dissertons spontanément du futur sur deux modes différents, mais sans toujours préciser lequel nous choisissons, entre le mode optimiste et ouvert, celui de l’avenir ou le mode pessimiste et résigné du futur proprement dit.

De ce qui précède, il nous faut prendre acte que le futur désigne une temporalité fermée sur ce qui doit arriver quand l’avenir est ouvert sur les possibles à explorer. Futur et avenir s’opposent donc dans leur façon respective de désigner le temps qui est devant nous, un temps à vivre qui amalgame ce qui est à espérer et ce que l’on doit redouter. Le futur nous place face à la nécessité et à l’inéluctable, dans une logique de la détermination car il appartient au registre grammatical du devoir être ; il nous relie à un état de nature qui s’impose à nous, l’irréversibilité des lendemains dans leur succession qui nous fait entrevoir à terme notre finitude avec comme perspective ultime, notre propre mort. Le futur, notre futur, s’inscrit donc dans un état de nature, lié au mouvement des astres qui imprime une forme de devenir, celui du rythme des saisons, celui de l’alternance du jour et de la nuit, celui de notre avancée en âge, porteuse de capacités d’apprentissage à développer et en même temps de vieillissement à aménager. A ce futur objectif, s’associe le futur subjectif des déterminismes que nous projetons sur ce qui doit nous arriver ou sur ce qui est susceptible de nous arriver. De ce point de vue, le futur, cet inéluctable susceptible de nous bousculer objectivement ou subjectivement s’oppose en tous points à l’avenir, une temporalité sans doute moins lointaine, plus accessible que le futur, plus à notre portée. L’avenir ce n’est plus le monde des déterminations qui nous assaillent, c’est celui au contraire de notre capacité à nous déterminer nous-mêmes à travers des possibles à inventorier qui s’offrent à nous, qu’il nous faut visiter. Si le futur nous échappe à travers ce qu’il nous impose malgré nous, l’avenir nous appartient pour une part variable que nous avons à explorer à travers ce que nous pouvons concrétiser des opportunités qu’il nous offre. En ce sens quand les Punks à la fin des années 1970 lancent leur cri de ralliement No future, c’est pour signifier au-delà de l’inéluctable qui s’impose à eux comme d’ailleurs à nous, qu’ils n’entrevoient pas pour eux-mêmes d’avenir possible, face à la morosité qu’ils disent percevoir autour d’eux .

D’où l’intérêt de prendre acte du futur dans ce qu’il recèle d’inéluctable mais en le laissant en toile de fond de nos horizons temporels comme un incontournable tout en convoquant en premier plan l’avenir qui nous sollicite au niveau des initiatives qu’il nous suggère par l’intermédiaire des opportunités susceptibles de se présenter à nous et les possibles de la situation qui sont à saisir. Opportunités et possibles sont destinés à être pris en charge par nos engagements concrétisés dans des actions visant à changer un état de choses, infléchir nos environnements, chercher à développer ou réorienter nos compétences… Quand nous esquissons ce que demain sera à travers ce qui s’impose à nous comme à travers ce que nous désirons, c’est bien une relation paradoxale voire dialectique qu’il nous faut instaurer entre futur et avenir, pour sortir de la morosité ambiante : en tenant compte des inéluctables du futur, comment explorer les possibles de l’avenir ? Cette relation, dans la façon par laquelle elle sera assumée va nous changer mais aussi changer le monde : elle nous permettra d’espérer si par nos soins le futur est relativisé au regard de l’avenir ; elle nous condamnera au désespoir si par nous le futur entrevu écrase toute perspective d’avenir.
















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