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Novembre 2012 : BILLET D'HUMEUR N°5

Questionnement autour d’un engagement universitaire


Novembre 2012 - Jean-Pierre Boutinet -Aux collègues de l’IPSA-U.C.O.,en leur souhaitant bonne rentrée universitaire 2012-2013 et persistance dans l’heureux travail entrepris,avec ma conviviale amitié.

Les universités d’été de la société civile ont fermé leur porte avec l’arrivée de l’automne. Avant que les universités d’hiver moins nombreuses prennent le relai, c’est maintenant la rentrée des universités de plein exercice, celles dont la professionnalité consiste à masteriser à haut débit en neuf mois. Ainsi va le rythme des saisons lorsqu’elles se laissent bercer par l’alternance des universités, les unes déployant un savoir militant pour laisser ensuite la place aux autres, en principe plus familières avec un savoir distancié et critique à élaborer et transmettre.

Restons-en à ces universités de plein exercice qui vont polariser notre temps durant les prochains mois. Nous pouvons augurer que cette nouvelle année sera sans doute plus fastidieuse que les précédentes, de par cette complexité sociétale galopante que rien ne saurait freiner à travers maints dispositifs enchevêtres à gérer : des maquettes de programmes sans cesse revalidées aux productions étudiantes diversifiées à évaluer dans des délais impartis, de l’exposé au mémoire. Et que dire des carrières enseignantes expertisées à intervalles réguliers : expertises des réponses aux inévitables appels à projets porteurs de légitimité, des présences quasi obligées à une diversité de commissions et de conseils pour tenter d’assurer un fonctionnement universitaire normalisé, expertise aussi des participations impératives à maints collectifs de travail ou colloques, comme auteurs ou communicants, pour gagner quelques points dans la reconnaissance du statut d’enseignant-chercheur publiant. Et puis, à côté de tout cela, il y a les cours, mais qui vont tellement de soi que plus personne n’ose en parler!

Ces multiples activités se déroulent bien entendu sur fond d’un espace imposé devenu incontournable, celui de la culture du numérique censée être facilitatrice et économe de temps, en fait grande dévoreuse d’urgences. Aussi produire et dispenser des savoirs étaient des missions universitaires hier essentielles, elles sont devenues aujourd’hui périphériques ; communiquer, évaluer, valider, sélectionner, expertiser, contrôler, en un mot juger, voilà les nouvelles fonctions régaliennes de l’université : tel semble être le destin de l’université postmoderne des années 2010 dans sa diversité organisationnelle au risque élevé d’une possible fragmentation chez ses membres, mis souvent dans l’impossibilité d’assumer instantanément une pluralité de fonctions, en plus de l’enseignement et de la recherche.

Alors en ce début d’année universitaire, me reviennent des questions qui interrogent la légitimité de ma posture critique : mais pour quelle raison êtes-vous resté si longtemps dans cette institution devenue, selon vous, galère ? Pourquoi aujourd’hui retraité, la fréquentez-vous encore à l’occasion d’un séminaire, d’une conférence ou d’un jury de thèse ? De telles questions m’amènent à esquisser au regard de mon expérience de quatre décennies d’assiduité universitaire des réponses qui me tiennent présentement à cœur et entendent constituer justement comme un défi face à la situation actuelle.

Au cours des années écoulées, j’ai vite été amené à constater que les missions fondatrices de l’universitas médiévale étaient demeurées d’actualité malgré des générations changeantes d’enseignants, d’étudiants, de personnels administratifs et techniques constituant ces trois corps solidaires, inséparables de toute université. Même si elles sont parfois malmenées, ces missions restent pour moi sources de grande inspiration. Au nombre de quatre et dans le meilleur des cas articulées les unes aux autres, elles focalisent des enjeux actuels de société ; leur reconfiguration selon des modes appropriés au regard de nos environnements postmodernes serait justement une réponse à ces enjeux :

- une mission de transmission de savoirs et savoir-faire, voire de savoir être en direction des usagers de l’université qui dorénavant sont autant des adultes plus ou moins avancés en âge mais avides de parfaire leur formation que des jeunes issus des études secondaires ; cette transmission pluridisciplinaire gagne à n’être plus magistrale si elle veut susciter des savoirs critiques propres à l’université ; ordonnée à une validation diplômante, elle est source de reconnaissance pour ces usagers ;

- une mission de recherche amenant à la production de nouveaux savoirs et savoir-faire dans des champs d’étude bien délimités : une production inédite qui pourra se matérialiser par une thèse, une communication, un article ou un ouvrage original, avec le souci d’organiser une alternance entre productions individuelles et productions collectives pour éviter deux travers de la recherche, l’enfermement narcissique, la dilution collectiviste dans une école de pensée hermétique ;

- une mission de conseil, de service à destination des communautés de professionnels environnantes en mettant à leur disposition des démarches de recherche appliquée, de recherche-action, de formation continue ou d’interventions ; une telle mission s’inscrit sur un territoire donné et doit être très attentive aux demandes locales de ces professionnels pour les prendre en compte et y répondre adéquatement.

- une mission humaniste à promouvoir d’abord à l’intérieur de l’université avec une prise en charge démocratique de ses instances par ses membres, compagnons solidaires d’une même communauté universitaire refusant de confier leur destin à un corps extérieur. Cette fonction visant à mieux élucider ce qu’il en est de la condition humaine ne peut que développer actuellement un humanisme déchiré et tragique, appuyé sur des savoirs paradoxaux, ceux qui permettent de mettre à distance les promesses et ivresses du tout techno-scientifique et leurs effets pervers.
Ce sont ces quatre missions inspirées de l’universitas médiévale qui m’ont longuement abreuvé et désaltéré, en passant d’une décennie à l’autre avec surprises, étonnements, découvertes, échecs nombreux mais aussi quelques réussites significatives me donnant encore à espérer. Ce sont ces mêmes missions que j’ai pu expérimenter dans un espace universitaire atypique de notre contexte français, une université catholique, petite université marginale au risque de se faire marginaliser. C’est justement sa situation de risque et sa fragilité qui m’ont intéressé instruisant une remise en cause quasi permanente de sa légitimité à exister par les institutions environnantes ; elle m’a appris une forme de modestie en posant comme repoussoir la tentation d’absolutiser les savoirs ; peu soucieuse d’affirmer un humanisme conquérant, elle m’a au contraire encouragé à investir des espaces singuliers pour y tisser un humanisme en pointillés, d’autant plus incontournable pour accompagner une existence, tant individuelle que collective qu’il n’est sûr ni de lui-même, ni du monde qui l’entoure.














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