CONTACTLIENSFONTDOUCEBILLETS D'HUMEUR
Accueil
 
Tous les mots
Un des mots
Phrase exact  

DERNIERES PARUTIONSCONFERENCESPRODUCTIONSOUVRAGES PERSONNELS OUVRAGES DIRIGES OUVRAGES COLLECTIFS REVUES COORDONNEES ARTICLES PUBLIES COLLOQUES COMMUNICATIONS PUBLIEES MISSIONS D'ETUDE JURYS VIDEOS et CD CURSUS et TRAVAUXPARCOURS DE VIE
Janvier 2012 : BILLET D'HUMEUR N°3

Repenser à nouveau frais l’idée d’humanisme ?


Janvier 2012 - Je vous le donne en mille ! Mille mots pour le dire...


Dans ce monde contemporain trop souvent aperçu comme celui du désordre, de la violence et de l’exclusion, qu’est donc devenue l’idée d’humanisme ? Car cette dernière semble bien mal en point aujourd’hui, pour qui s’attarde à consulter la une des journaux, reflet de notre actualité : situations d’injustices, stress, conflits interethniques, insécurités, pauvretés désespérantes…Traditionnellement portée par la Renaissance d’Erasme et les Lumières de Kant, une vision humaniste chargé d’espérance a pourtant constitué pour notre pensée occidentale un idéal émancipateur et mobilisateur, d’abord artistique puis philosophique, scientifique et politique.

On entend encore raisonner l’appel libérateur du vieux Kant, dans le XVIIIème siècle finissant avec son fameux Sapere Aude ! Ose te servir de ta raison, sors de ton état de minorité, émancipe-toi ! Mais dans le même moment où Kant prononçait ces mots, cet idéal était mis à mal par les tenants des Lumières eux-mêmes, les Révolutionnaires français qui ont fait cohabiter leur Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avec un gouvernement fondé sur la violence de l’échafaud ou de la guillotine. Ce genre de violence totalitaire du pouvoir va jeter une ombre persistante sur l’humanisme des Lumières, ombre qui accompagnera le passage de la Révolution à l’Empire : ce dernier n’a jamais été sensible à l’une ou l’autre forme d’humanisme, il se nourrissait plutôt d’impérialisme guerrier. Pour suivre à grands pas les vicissitudes de l’idée d’humanisme, approchons-nous de notre époque, celle du XX° siècle avec ses deux grands conflits mondiaux qui ont voué à l’impossible toute perspective d’humanisme. De ce point de vue F. Nietzsche aura été un prophète en dénonçant, quelques décennies avant ce double désastre cette imposture révélatrice des Temps modernes : oser se recommander de l’homme en brandissant des idéaux de pacotille associés à une morale convenue.

Si la pensée humaniste n’a guère eu le temps de se ressaisir entre les deux Guerres, elle le fit à l’issue de la Seconde, chez des philosophes de différentes obédiences, Heidegger et Sartre du côté athée, Mounier du côté chrétien, mais aussi dans un mouvement de pensée situé aux frontières du Christianisme qui en France fut initiateur d’une publication de qualité et imposa son renom, Economie et humanisme. Malgré ces tentatives disparates qu’il est intéressant de signaler, on doit se résigner au constat de la dissolution de l’idée d’humanisme et donc de celle d’espérance avec le XXème siècle finissant. Les philosophes, pour la plupart d’entre eux se sont tus ou, tel M. Foucault, ont voulu épouser la quadrature du cercle en alimentant au sein du même parcours biographique ce qui pouvait justifier d’un côté l’idée d’une dissolution de l’homme et de l’autre celle de son apothéose exprimée en souci de soi. Mais comment eut-il été possible d’embrayer plus avant dans cette idée d’humanisme lorsque l’un de ses chantres, tel Jean-Paul Sartre, dans le même temps où il érigeait l’existentialisme qu’il promouvait en humanisme se faisait l’encenseur du communisme stalinien ? Il y a là de quoi écorner quelque peu l’idéal humaniste. Quant à Heidegger, n’épiloguons pas sur sa naïveté prise en défaut lorsqu’il voulut percevoir dans le National-socialisme l’avènement d’une période historique marquant le retour à la question qu’est-ce que l’être ? magnifiée par les Grecs et tombée, selon lui, par la suite dans l’oubli. Alors, faut-il nous résigner au tragique de l’histoire invoqué par M. Merleau-Ponty en 1947 dans Humanisme et terreur pour penser le destin du Communisme : un tragique qui fait nécessairement cohabiter pour le philosophe l’humanisme et la terreur, deux moments indépassables de la condition humaine à penser conjointement ensemble ? Mais depuis 1947 l’actualité galopante semble nous avoir montré après quelques moments de pause que la terreur semble avoir bien résisté, promise à des lendemains prometteurs quand l’humanisme s’est estompé, voire a disparu.

Certes de façon pragmatique des embryons d’humanisme vont être cultivés par la nouvelle société industrielle des années 1950, en donnant toutes leurs chances aux opérations centrées sur le développement, considéré comme le nouveau modèle de perfection humaine : développement technique, social, culturel, économique mis en place par les associations humanitaires de nos sociétés libérales avancées ; ce grand intégrateur humaniste de nos idéaux de justice et d’équité que fut l’idée de développement seconde moitié du XXème siècle s’est révélé finalement dans ses différentes déclinaisons comme un grand mystificateur en se laissant très souvent dévoyer : mise en dépendance culturelle du receveur par rapport au donneur, détournements des aides, dégradation durable des environnements déstabilisés par des interventions trop brutales, commercialisation problématique des produits…

Quelque chose est arrivé à l’idée de progrès, ce progrès humaniste, à la fois technique et social auquel nous avons cru. Voici maintenant deux générations déjà, elle s’est fracturée conduisant à une dissociation profonde entre le progrès technique qui continue son bonhomme de chemin, souvent de façon accélérée et impressionnante et le progrès social qui s’est inversé en régression sociale amenant avec elle toujours plus de précarité, de vulnérabilité et de fragilité chez bon nombre de nos contemporains. Comment donc peut-on parler d’humanisme quand les politiques de façon délibérée ou à leur corps défendant accompagnent ou promeuvent la régression sociale ? Est-il alors encore de temps de substituer à l’humanisme de l’idéal en lambeaux, l’humanisme du refus pour penser non plus le possible que nous souhaitons mais l’inacceptable que nous rejetons?

Une relève humaniste problématique semble pourtant venir là où on ne l’attendait pas, du côté de la technoscience. Les avancées spectaculaires des investigations technologiques et des dispositifs qu’elles déploient depuis ces dernières décennies ont amené certains chercheurs à esquisser un nouvel humanisme intégrant différents courants de pensée relevant du posthumanisme et du transhumanisme, Mais ce nouvel humanisme sans passé, ni racines, désespérant dans sa volonté de performance et de toute puissance, risque bien de tuer les dernières radicelles de l’humanisme historique qui nous a permis d’espérer mais aussi de douter. Pour le moins il présente l’avantage de nous aider à aiguiser le profil de notre refus.















- PLAN DU SITE - MENTIONS LEGALES - ACCES PRIVE -